Nino dans la nuit – Capucine et Simon Johannin

« jeunesse qui brûle au lieu de bronzer, qui cherche la vérité au sommet de la montagne des mensonges »

Nino dans la nuit raconte l’histoire d’une époque, celle d’aujourd’hui, vécue et subie, par une partie de la jeunesse. Nino vit dans un appartement à Paris avec Lale. Le couple vie au jour le jour de petites combines, ou de jobs trop courts et trop peu payés. Pour eux, le travail va de pair avec l’altération de la dignité et il n’est pas question de s’y soumettre. Nino vole dans les grandes enseignes, récupère les invendus dans les poubelles, participe ponctuellement à des trafics illégaux, il survit dans un monde qu’il trouve d’une grande injustice. Dans ce monde où les privilèges priment sur les compétences et qui met les gens en compétition, Nino dans la nuit nous place du côté des perdants. À travers ce texte au rythme très vif défile le quotidien d’un personnage qui porte un regard lucide sur son environnement, qui va choisir d’aller vers la marge plutôt que d’y être poussé, qui va éviter la culpabilité latente à toute situation de précarité et adopter une position proche de l’indignation. Son petit groupe se pose beaucoup de questions sans pour autant obtenir de réponses. Nino, Lale et Malik, un ami proche, débordent d’amour et de bienveillance et c’est cela qui semble les faire tenir. Nino a besoin de l’estime de ses proches, cela lui permet d’avoir un cadre et de ne pas dépasser les limites même si parfois il prend trop de risques. La nuit est un exutoire, une bouffé d’oxygène, un lieu de l’oubli. Temps de la consommation de drogue, de musique, de sexe…

Ce livre est le fruit d’un travail de collaboration entre deux jeunes talents. Elle a construit le scénario et les personnages tandis qu’il s’est occupé du corps du texte. L’histoire repose sur l’expérience commune des auteur.e.s et son écriture part d’un sentiment d’insatisfaction face au paysage littéraire actuel. L’écriture est percutante, brute, crue et très poétique.

Nino, qui semble parcourir son chemin en solitaire, est à la fois narrateur et personnage principal de cette histoire. L’emploi du « tu », qu’il adresse à Lale permet de la placer au cœur du récit, dans son propre sillage. Chronique contemporaine d’une partie de la jeunesse, Nino dans la nuit est aussi une grande histoire d’amour. Dépourvus de biens matériels, l’amour et l’amitié deviennent le ciment relationnel de ce petit groupe de jeunes qui galèrent. La vision politique ne prend pas corps à travers la voix des personnages, mais à travers leurs expériences directes. C’est le lecteur qui peut en faire la syntaxe et en ressortir un discours.

Ce roman se passe sous des lumières artificielles et fait partie de ceux qui peuvent dépoussiérer le monde de la littérature. Allia, la maison d’édition, a également publié le premier roman de Simon Johannin, L’Été des charognes ;